L’expédition se déroule du 3 au 8 juillet de l’an 2 de la Sainte Installation.
L’équipage se compose du Capitán Bacalââââo , Teniente Campichmou et du Soldado Savââââna (les 2 premiers jours).

But de la manœuvre: rallier le bout du Monde (Cabo San Vicente, Algarve, Portugal) au début de notre monde (Ayamonte, frontière hispano-portugaise, sur le fleuve Guadiana, España olé). 214 km sur papier, mais aussi et surtout, sur Ecovia – piste cyclable flambant neuve (trop?) qui longe la côte.

L’expédition voyage à dos de vélocipède, animal pas contrariant se nourrissant exclusivement d’huile de genou.
Journal de bord tenu par le Teniente Campichmou, retranscrit jour après jour, entre deux crampes aux mollets.
- JOUR 0 – Vendredi fin d’après-midi de départ
Équipage paré pour l’expédition. Soldado Savââââna embarque le reste de l’équipage à Sevilla pour l’emmener jusqu’au bout du monde (Cabo San Vicente, Algarve, Portugal).
Raté coucher de soleil à cause des nuages. Vent, froid de canard, on va encore rigoler, c’est qui le c*** qui a eu cette idée.

Apprentissage des “gestes qui sauvent”: prononcer “Onde îchte o parque do campichmou?” (= Où est le camping?) et “Umna cervejââââ” (=”Une bière”). Découverte des autochtones (des Portugais allemands) dans un troquet, pour goûter la spécialité du coin: le frango (poulet) frit. Plus tard, autre découverte gustative: la caipirinha. Puis une autre. Pfui, encore ude audre. Fui la dergnièèère et dodo.
- JOUR 1: Samedi de gueule de bois.
Équipage debout dès l’aube. Après décision unanime que l’aube ne commencera qu’à 10h aujourd’hui (c’est shabbat). Rendez-vous au kilomètre 0 pour faire la photo de “freaky”: nos montures, avant l’effort.

Premiers kilomètres rudes. C’est pas tant l’alcool qui fait l’ascension de nos veines jusqu’au cerveau que le vent de face et les montées. Les montées? Teniente Campichmou s’interroge longuement lors de ces 20 premiers kilomètres (“C’est pas plat, la côte?”). Or, dans “côte”, il y a “côtes”, surtout en portuguais (alors qu’en belge, dans “côte”, il y a plutôt “digue”, ce qui n’est pas pareil).
Ravitaillement à Vila do Bispo (juste avant Raposeira): achat de pâté pour chat de sardines et bacalââââo, mets national. Plus tard, à Salema, c’est sur la plage que l’équipage mangera, mais pas les pieds dans l’eau, qui est trop froide.

Remarque pertinente du Teniente Campichmou: “la prochaine fois, je fais la côte belge, au moins c’est plat et l’eau est chaude”. Le Soldado Savââââna, qui lui n’a pas peur du froid, demandera à manger une glace, pour avoir le bâtonnet en forme de planche de surf. Vaya, l’équipage sérieux, je vous jure.
Bivouac près de Lagos. Arrivée dans le noir, juste le temps de faire la tambouille, raconter une histoire à l’équipage. Le matin viendra nous cueillir avec les premières courbatures, après cette première journée de 52 km en 4 heures de moulinets de mollets, ce qui fait 12,9 km/h de moyenne. “C’est à cause du vent” dira l’une, “c’est le manque d’entrainement” diront d’autres. C’est surtout pour ne pas pouvoir faire pire par après.
- JOUR 2: Dimanche de réduction d’équipage.
Soldado Savââââna nous quitte pour rejoindre sa patrie natale. Capitán Bacalââââo est désormais seul aux commandes et peut tourner les cartes d’orientation comme une fille, sans témoin (ou presque). Teniente Campichmou se rend compte ce matin-là qu’oublier de mettre de la crème solaire sur les mains quand on roule à vélo permet de choper des coups de soleil plus vite, surtout à cet endroit stratégique à dos de vélocipède.
Kilomètre 11 de la journée: en plein centre de Lagos, mauvaise rencontre avec un dos d’âne buté. Capitán Bacalââââo perd une vis. Un boulon, un écrous, bref le truc qui a fait “gling” en tombant. C’est le porte-bagage qui a trinqué, et Teniente Campichmou, dont l’ingéniosité n’a d’égal que le bon sens, bricole avec un bout de ficelle ce qui fera office de réparation. L’équipage repart, un peu de guingois.
Route qui ne casse pas 3 pattes à un canard. Bouts de campagne et villes industrielles. Signalisation de l’Écovia elle aussi de guingois. Par mesure d’économies, seul un croisement sur trois indique la route à suivre. Les vélocipèdes ressemblent à des mulets décidés à brouter le long de la route: on s’arrête, c’est reparti, on s’arrête, c’est reparti…
Événement-phare en ce jour du Seigneur: alors que nous ne l’espérions plus, Dieu existe et s’est manifesté à nous! Sous la forme d’un zoning commercial où l’équipage allait simplement se rafraîchir, et où se trouvaient, alléluïa, un Décathlon et un Brico, alléluïa bis, ouverts un dimanche! Arrêt-shopping, donc, pour faire l’acquisition de vis (écrous, boulons, bref) pour le porte-bagages du Capitán, et de gants spéchal-vélocipède pour protéger les douces mains de Teniente Campichmou.
Fin de journée au camping des Flots Bleus de Armaçao de Pera, pour profiter de la piscine, au plus grand bonheur de l’équipage, qui s’endort en séchant au soleil, repu des kilomètres avalés ce jour. 55 km, pour même pas 4 heures à mouliner du mollet… et presque autant à brouter le macadam en cherchant sa route sur la carte, ça laisse songeur.
C’est guilleret que l’équipage se réveille à l’aube (la vraie cette fois), pour entamer la journée la plus longue de l’expédition: 70 km sont prévus pour atteindre Faro. Décision est prise: ce soir, hôtel 8* grand luxe, aucun camping n’ayant la bonne idée d’être installé dans cette ville où l’équipage voudrait passer la soirée.
Au bout de 20 kilomètres, illumination du Teniente Campichmou: “Et mais, en fait, au bout de 3 jours, on n’a presque plus mal au cul”. Ça restera dans les annales.
Arrivée à Albufeira. Début du calvaire. Était-ce SI joli que ça pour qu’ils aient décidé de faire passer l’Écovia par le SOMMET de la ville? Non, ce n’est pas joli. Mais les autochtones ont le sens de la couleur, c’est le moins qu’on puisse dire.

Et la route est mal indiquée. Quand elle est indiquée. Et c’est toujours au milieu de la côte, où on commençait à prendre le rythme, qu’il faut s’arrêter pour vérifier si c’est à gauche ou à droite. Ou alors, c’est au milieu de la descente, pour ne pas pouvoir prendre son élan pour la côte suivante, au milieu de laquelle il faudra s’arrêter pour vérifier la route…
Kilomètres 25 à 60: traversée de Beverly Hills. Terrains de golf, “resorts” pour vieux beaux Anglais (d’après les pubs), grosses bagnoles, quartiers résidentiels. Regrettons la campagne, la vraie, avec ses petits chemins de terre…

Kilomètres 60 à 70: Campaaaaagne! hurle l’équipage, fou de joie. Au bout de 3 km de chemins de terre tape-cul, regrettons les routes macadamisées de Beverly Hills…
Arrivée à Faro, recherche d’un hôtel 8* digne d’accueillir notre présence et celle de nos montures. Coucher de soleil sur le port, en sirotant une bonne petite cerveja (on savait que ça nous servirait!). Visite express du centre historique, avec intention de revenir un jour “quand on arrivera à marcher à nouveau normalement”. Resto typique et rôôôô…. fiuuuuuuuu….. rôôôô…. fiuuuuuuu….. après 71 km à 14 km/h de moyenne, c’est les cuisseauds qui sont contents de passer une bonne nuit.
- JOUR 4: Mardi de science fiction
L’équipage se trouve face à un tronçon “Retour vers le futur”: les cartes imprimées d’internet montrent une route qui n’est pas encore construite et longe le chemin de fer. Après avoir envisagé plusieurs solutions (attendre un train, sortir le lasso, attraper la bête et se laisser tracter), décision est prise de faire un bout de nationale pour rejoindre l’Écovia plus loin. Après la nationale, route finalement agréable, au plus près de la côte (et parfois sur la plage, si si)

Équipage content de pouvoir flâner ET arriver tôt à Tavira, où il reste à embarquer les montures sur le bateau qui nous mènera droit à Copacabana (alias Ilha de Tavira).

Bilan de la journée: 43 petits kilomètres en 2h50 de moulinets de mollets, c’est ce qu’on appelle une petite journée…
Mais pas de cucul plage prévu pour les sportifs! C’est découverte de la faune et la flore sauvage, promenade et tour de l’île.

De toutes façons, l’eau elle est trop froide dans ce pays. En soirée, l’équipage découvre la cuisine locale: la cataplana de fruits de mer; et découvre par la même occasion que les moustiques locaux sont bien plus voraces que les sévillans.
- JOUR 5: Mercredi et coup d’accélérateur
Ne restent que 30 kilomètres à parcourir, l’équipage est déjà presque nostalgique. Teniente Campichmou trouve la route “de plus en plus belle”

Capitán Bacalââââo trouve qu’on avance “pas mal” (pas loin de 18km/h de moyenne). C’est presque trop rapide, mais pile assez pour arriver à temps au Ferry de Santo Antonio, qui fera traverser à l’équipage le fleuve Guadiana, et la frontière hispano-portuguaise par la même occasion.

Adieu Portugal, frango, cerveja, campichmou… l’expédition Bacalââââo touche à sa fin, mais comme le dit si bien l’équipage:
“On s’en fout, l’été prochain, on se fait la Toscane à vélo!”