C’est le philosophe qui l’a dit, croyons-le sur parole.

Rappelons à notre public attentif un point qu’il n’aura pas manqué de remarquer depuis cet été: nous sommes devenus les heureux propriétaires d’une mâgnifique grotte maison troglodyte avec des fenêtres tout le confort moderne.

Tout le confort moderne on a dit!

Le salon

Nous y passons depuis quelques mois maintenant un weekend ou l’autre, weekend toujours trop court, bien entendu. C’est donc avec grand bonheur que nous venons de nous y enterrer une semaine entière pour passer le cap à l’an 2012! Et profiter enfin de la région pour remettre en marche la mécanique un peu rouillée des 50% d’entre nous qui télétravaillent et parcourent 17 mètres de la chambre au salon chaque matin, et pareil dans l’autre sens après la journée de boulot.

De balades, il sera donc question aujourd’hui, mais aussi d’histoire et de culture, car si la région est semi-désertique, elle n’en est pas pour autant un désert culturel.

Galera, qui es-tu?

Cette réponse serait la plus facile: le wiki!

Mais bof. J’ai ma propre version.

Galera a une église, des lampadaires, une pizzeria, une plaine de jeu et deux quartiers troglodytes. Une école, un musée, un pont de fer surplombant une rivière (appelée de façon surprenante “Galera”), un supermarché de 3 rayons et demi, une Grand-Place entourée de maisons seigneuriales, des chiens consanguins tous pareils. Et 1.000 habitants à peu près.

Galera, version printanière

Galera est au milieu de “badlands”, à peu près à distance égale des villes moyennes les plus proches: 150 km de Grenade, d’Almería, de Murcia, et probablement de Jaén aussi. En zone semi-aride donc, à 850 mètres d’altitude sur un plateau entouré de “sierras” (chaines montagneuses), dont la plus haute pointe à presque 2400 mètres d’altitude (la Sagra).

La Sagra... Oh, c'est haut!

Puisqu’on parle de badlands et que nous avons sous la main un géographe spécialiste des milieux semi-arides, profitons-en pour lui demander quelques explications:

Moi-même (MM): Dites-nous donc ce que sont ces fameux badlands?

Le géographe spécialiste des milieux semi-arides (GSMSE):

Badlands

MM: Certes, une image vaut mieux que de longs discours, mais il aurait peut-être mieux valu commencer par une longue explication, au cours de laquelle je vous aurais interrompu…

GSMSE: C’est compliqué tout ça. Avant toute chose, c’est un paysage semi-aride formé par généralement une terre argileuse qui subit une érosion (l’origine de l’érosion peut varier d’un endroit à l’autre, parlons de pluie intense ici) qui forme de grosses rigoles sur des collines de 30-40 mètres de haut, en forme de V, ce qui en fait une terre impropre à l’agriculture, et qui…

MM: Merci beaucoup, c’était très instructif. Profitons encore un peu du paysage et passons à la suite.

Remarquons les "V", qui rappellent parfois des "W"

Serait-on sur la lune?

Mais non, on la voit d'ici, la Lune!

Galera, c’est donc le trou de cul du monde. Et c’est ce qui fait son charme.

Le "trou" de cul du monde, on vous disait...

Galera, qui es-tu?

Je sais, je l’ai déjà faite, mais “Galera, qui fus-tu?” sonnait moins bien, et je voulais vous parler de son histoire.

Galera n’a pas toujours été Galera… il y a eu le mini-village de Castellón Alto (qui portait sûrement un nom moins chrétien) à l’ère de bronze, Tútugi à l’ère ibérique et romaine, Galira à l’ère arabe, et enfin Galera.

Castellón Alto

Castellón Alto n’est pas à proprement parler à Galera, mais à 2 petits kilomètres.

Vers 1900 AVANT le divin enfant (âge de bronze), des habitants d’Almería (ceux qu’on qualifie de “culture de l’Argar”) sont venus dans la région voir si l’herbe y était plus verte. Et effectivement, à l’époque, la végétation abondait!  Ils se sont donc installés sur ce flan de montagne, ont construit des petites maisons avec des murs en torchis, enterrés leurs morts dans le sol de leurs salons et moulu du blé pendant 300 ans environ (je vous la fais rapide). Ils sont ensuite repartis voir si l’herbe était plus verte ailleurs (ou se sont éteints en s’entretuant, ou à cause des infections et de l’arthrose, ce n’est pas très clair).

Une maison de l'ère Argar

Tútugi, dans le Cerro del Real

Un peu plus tard (6 ou 7 siècles avant le petit tout nu) , lors de ce qu’on a coutume d’appeler l’ère ibérique, des vagues successives d’immigration ont repeuplé les lieux (grecs, phéniciens, etc.) qui ont laissé de jolies traces de leur passage:

La Dame (ou Déesse) de Galera, d'origine phénicienne

Les romains (qui trouvent toujours la bonne planque) ont suivi et ont romanisé la ville, comme ils savaient si bien le faire. J’aimerais pouvoir dire que la ville de Tútugi était alors une cité romaine d’importance, mais je crois bien que, déjà à l’époque, c’était le trou du cul du monde.

Galira

Vous le savez bien (ou pas; vous regretterez d’autant moins cette longue lecture), presque toute l’Espagne a un temps (environ 7 siècles quand même) fait partie de l’empire arabe. Enfin: de différents califats. Galira (puisque tel était son nom) a eu la chance de se trouver à la frontière entre le califat de Grenade et celui de Murcia. Entre les deux, son coeur balançait, et son coeur a également balancé à partir du 13e siècle entre chrétiens et arabes. Conquêtes, reconquêtes successives… ces braves gens-là n’avaient pas le temps de digérer leur couscous qu’un énième chrétien venait leur donner l’hostie.  Pas étonnant que la ville ait été un des derniers bastions de la culture arabe (bien après la reconquête de Grenade en 1492, date officielle de la fin de la reconquête par les chrétiens)… puisque c’est en 1570 que Jean d’Autriche reprend une dernière fois la ville après l’avoir assiégée et semé du sel sur tous les champs alentours (sans doute trouvait-il leur couscous un peu fade).

De l'ère arabe, plus de trace ou presque, si ce n'est le plafond de l'église, de style mudéjar

Galera

Une fois les esprits calmés (et l’ancienne Galira arabe presque rasée), de nouvelles vagues d’immigration ont eu lieu, principalement par des compatriotes de Murcia, Valencia et la Mancha. A cette époque, Galira devient Galera, et change complètement de signification (Galira, en arabe, signifiait “région à cultiver”, alors que Galera signifie “galère”, comme le bateau). Etait-ce un signe des difficultés que la ville allait vivre, la désertification des lieux? Que nenni! Les 18e et 19e siècles représentent l’ère dorée de Galera. Nombreux sont ceux qui décident de s’y installer, portant ainsi le nombre d’habitant à 5.000. A court d’espace dans le village, ils commencent à creuser des maisons troglodytes en bordure du village, dans la vallée encaissée. Il faut dire que c’est particulièrement bon marché de se creuser une grotte, et que les gens qui débarquent ont souvent fui des situations difficiles, sans le sou (ça, ça tombe bien alors). C’est d’ailleurs en creusant les grottes que les vestiges des anciennes versions du village ont été retrouvées!

La suite de l’histoire est moins glorieuse. La Société de Chemin de Fer a la mauvaise idée de faire passer ses lignes loin de Galera, les terres sont arides et demandent beaucoup de travail. L’artisanat se perd aussi, les jeunes partent depuis belle lurette faire leurs études à Grenade ou Almería, et ne reviennent plus au “pueblo”. La population est retombée à 1.000 habitants environ (la décence m’empêche de mentionner la moyenne d’âge), sans compter les “guiris” (espèces d’étrangers, souvent anglais ou hollandais, qui viennent passer leurs vacances ou leur retraite au soleil).

Si vous avez aimé, si vous en voulez encore (comme au Club Dorothée, là il faut crier très fort “hiiiiiiiii”, c’est une forme de consentement), alors profitez-en pour voir ça de plus près! *

* Ceci est une invitation subtile

La vallée du río Galera. Si, c'est fertile, mais en hiver ça ne se voit pas!

Il est possible que vous soyez passés à côté de l’info.

Parce que Di Rupo formateur, waouw, le scoop inédit qui remplit le journal.

Parce que DSK gros vilain ou pauvre Caliméro, j’avoue que ça peut tenir une bonne semaine de conversation.

Ou un volcan qui n’a rien demandé à personne, ou la pluie qui n’veut pas tomber (y’a pu de saison, ma pauv’ Lucette), Roland Garros qui, ô surprise recommence, cette année encore, fn mai.

Mais pendant ce temps, à Veracruz en Espagne (quelque part entre l’Europe et l’Afrique si vous suivez un peu), la révolution couve. La faute à un français qui s’est mis dans la poche une génération entière de jeunes Espagnols (non, je ne parle pas de Guillaume Canet, j’ai dit Espagnols, pas Espagnoles). Stéphane Hessel (c’est bien lui ce “Indignez-vous!”), ce jeunot fringant de pas encore 95 ans, a vraisemblablement mis le doigt là où ça fait mal: sur notre passivité et notre résignation. A tous, nous Européens endoloris par le confort de nos vies trop bien réglées. Les Français ont fait “Waouw” et ont salué l’initiative éditoriale, les Belges ont dit “Tetcheu” et se sont demandés si Hessel voudrait bien former un gouvernement. Les Espagnols, eux, sont descendus dans la rue. Pas seulement pour une manif: bâches, sacs de couchages, sandwiches et blocs-notes de revendications sous le bras, ils ont posé le camp sur les places des plus grandes villes du pays pour refaire le monde, puisque celui-ci… euh, bof, quoi.

De l’extérieur, il se peut que ça ressemble à un botellón (comprendre “grande beuverie festive en plein air, un peu comme dans les parcs bruxellois quand on dépasse un dimanche 25ºC et 2 heures d’ensolleillement”). Ou à une manif à la belge (comprendre “je sors dimanche après-midi manifester pour montrer que je suis pas content, entre 14h – après le journal de 13h – et 18h – pour être de retour au bercail pour le journal de 19h – uniquement s’il fait entre 15 et 25º et temps couvert – sinon je suis au parc ou à l’abris chez moi. Demain ma vie reprend de toutes façons son cours normal.” Fin de la parenthèse sur la manif à la belge). Ça se pourrait que ça y ressemble, mais on en est très loin.

Ok, maintenant que j’ai froissé les susceptibilités, vous allez me demander des comptes. “Parce que, hein, qu’est-ce qu’ils revendiquent tes Espagnols?”

Soit. Passons en revue les plus beaux slogans de cette révolution, appelée “Democracia real: YA” (par “les plus beaux”, comprendre “ceux que je préfère”. C’est moi le chef ici)

 No somos mercancía en manos de políticos y banqueros  – Nous ne sommes pas de la marchandise entre les mains des politiques et des banques

L’espagne, c’est un peu comme la Grèce: canicule l’été, corruption (semble-t-il) chez nos chers élus, et on s’est bien pris les pieds dans le tapis de la crise bancaire. Comme l’airco est suffisamment répandu, il reste à se plaindre du politique et des banques. Marre d’être des jouets, un peu d’humanité dans le Grand Show Capitaliss’ siouplait (j’aurais même tendance à demander moins de capitalisme dans l’humanité, ça n’engage que moi).

Lo llaman democratia y no lo es  – Il l’appellent “démocratie”, ce n’en est pas une

Bon, dire que ce n’est pas une démocratie, pour un pays qui a connu il n’y a pas si longtemps la dictature de Franco, ça me semble étrange, voire osé… mais j’imagine que c’est un slogan qui se veut d’une portée plus large. Clairement, même si des majorités apparaissent suite aux élections, monsieur Tout-le-monde (c’est marrant, ici on les appelle “la gente de la calle” – le peuple espagnol serait-il prédestiné à prendre possession de la rue?) ne se retrouve pas du tout représenté par le résultat des urnes.

Arriba las manos, esto es un contrato – Haut les mains, c’est un contrat (de travail)

Je l’aime beaucoup celui-là. Inspiré de son cousin “c’est un hold-up”, il est tellement vrai. L’emploi, c’est la cata. CDD sur CDD, puis dehors, heures sup (ni payées ni récupérées bien sûr), stress et pression, salaire parfois digne de l’argent de poche d’un ado. Et puis… pas de boulot en vue pour les diplômés. Merci papa-maman de m’avoir toujours dit “avec un diplôme, tu réussiras ta vie” ou mieux: “plus tu auras de diplômes, plus facilement tu trouveras un boulot super, qui rapporte”. Euh, c’était dans une autre vie, ça, au siècle passé, en tous cas, je ne suis pas persuadée qu’un étalage de diplômes fasse briller des étoiles dans les yeux des employeurs par ici.

Dans toutes les grandes villes (Madrid, Séville, Barcelone, Valence, Bilbao, Grenade,…), les rassemblements “Democracia real: YA” se font sur des places qui se sont depuis plus d’une semaine organisées en campements revendicatifs et lieux de vie: centre d’info, ravitaillement, murs d’affichage libre, organisation de débats, assemblées, votes sur l’organisation du mouvement et la suite des opérations, construire des initiatives sur du long terme. etc.

Ce n’est pas UNIQUEMENT un mouvement de sales gauchiss’ (il n’y a qu’à voir comme le PP, parti conservateur de droite est sorti grand gagnant des éléctions du WE passé), mais un mouvement animé par des personnes de tous horizons dont le grand point commun est l’envie de ré-humaniser le monde qui nous entoure, redevenir acteurs de nos vies.

Amigos belges, – français s’il en est – tendez l’oreille au vent du sud, chopez au passage ce qu’il vous plait dans ce mouvement, indignez-vous de ce qui ne vous plait pas, prenez le temps de construire des ponts, des fenêtres et des échelles pour aller plus hauuuuut (non, là je m’emballe). N’attendez pas demain, n’attendez pas que quelqu’un le fasse pour vous. Les petites initiatives font les grands projets. Ne mettez pas d’eau dans votre démocratie. Tomad la calle y juntaos.

Et oui!!! Même pas un mois après avoir conté nos fabuleuses aventures rocambolesques du jour 2, voici déjà : Le jour 3 (bon, je ne voudrais pas vous décourager, mais il y en a 14 ;) héhéhé)

Petite journée cela dit en passant, qui nous emmène de pas tout à fait Volterra (mais presque quand même) à San Gimignano son camping. 34,66 km à une vitesse record de 12,91 km/h.

C’est donc une fois quitté le camping, à la bourre pour changer (9h du matin, remarquez l’effort tout de même), qu’on entame avec courage le dernier kilomètre qui nous sépare du sommet volterrien. Une fois l’ascension accomplie, il est grand temps pour les intrépides et peut-être téméraires que nous sommes de… s’arrêter pour la pause déjeuner. Faut bien manger ! Fallait pas croire qu’en partant à 9h du mat’ on aurait eu le temps de déjeuner !!!

Hotel de ville de Volterra

Hôtel de ville de Volterra

 

C’est donc à 10h, heure plus raisonnable, qu’à l’image du tour de France se donne le départ officiel de l’étape à partir de cette belle cité médiévale. Après 5km, arrivée à la première difficulté, qui s’annonce plutôt coriace et sur un chemin en gravier bien glissant. Nous décidons donc de l’éviter. Qui a dit qu’on était téméraires ! Bref, rebroussage de chemin et nationale qui nous permettra d’arriver un peu plus tôt à San Gimignano.

Pendant ce temps… pluie… Notre première en tant que velocipedus turisticus. Mais comme on a tout prévu, on s’habille et on continue jusqu’à croiser miraculeusement un restaurant de route où nous décidons de nous arrêter pour boire un verre et  manger, en attendant que l’arrosoir se vide.

 

Marc sous la pluie

Marc sous la pluie

Petit conseil pour cyclotouriste débutant qui “passe son flocon” : sur nationale, en côte, n’hésitez pas à vous mettre au milieu de la bande de circulation, comme tout bon véhicule. En effet, il règne encore chez l’automobilisticus cette drôle de croyance selon laquelle la bande séparant la route ne doit en aucun cas être dépassée, surtout si on peut faire un strike avec des cyclistes qui font profil bas sur le côté de la route. Amis cyclistes, dans la circulation, soyez prudents et respectueux, mais aussi, imposez-vous confortablement dans la circulation. Comme on dit chez nous: “Mettez-vous” (avec l’accent).

Bref, il fait maintenant beau et sec et après un long effort presque prolongé, nous quittons enfin cette nationale pour la petite route qui nous mène vers notre destinée. Et c’est donc après une longue descente, une montée, une descente, et une montée que, vers 15h, ô miracle, nous arrivons à San Gimignano, que nous allons pouvoir visiter tranquillement.

 

San Gimignano vu de loin

San Gimignano vu de loin

A nous le tourisme de masse et de consommation ! Café, pizza, photos et bières (gentiment offertes par nos colocs suisses de parcelle). Bref, à la nuit tombée, nous retournons au camping, avec vue sur San Gimignano (qui ressemble à New York la nuit), afin de manger notre semoule-tomates-mozza du jour et de se coucher pas trop tard car demain est une longue journée…

Les tours de San Gimignano

Les tours de San Gimignano

 

 

L'allée principale sans un seul touriste

L'allée principale sans un seul touriste

 

Et une pizza, une!

Et une pizza, une!

New York by night... euh... San Gimignano de note

New York by night... euh... San Gimignano de note

Ah, et on n’allait pas oublier:

BONNE ANNÉE !!!

Oufti ca y est! C’est le jour j pour enfin publier le Jour 2. C’est vrai quoi, faut bien faire durer jusqu’au prochain voyage… qui commence à se préparer d’ailleurs…

Bon revenons à nos champignons: Aujourd’hui, nous vous emmenons pour 45 km et à du 11,67 km/h de moyenne de à peu près Casciana Terme à pas tout à fait Volterra (mais son camping)

Comme nous sommes très motivés et que nous voulons arriver tôt à Volterra afin de profiter de ce petit joyau médiéval, debout presque à 6h30 pour partir à 8h00 – 8h30 max! C’était bien évidemment sans compter:

  1. Sur le p’tit déj’ de champion avec compote des prunes cueillies la veille sur les chemins.
  2. Sur le rééquilibrage des sacoches de vélo (et oui, Mallo a eu les yeux bien plus gros que ses mollets!)
  3. Sur notre flemme habituelle et le Carpe Diem qui nous caractérise si bien… et qui nous arrange aussi d’ailleurs…
Petit déj' de et avec champion

Petit déj' de et avec champion

C’est donc à 10h00 que nous levons le camp!

Malgré un passage de 1km à plus de 10% de moyenne, 100% de l’équipage féminin trouve le chemin “fastoche”. Faut dire qu’avec les quelques kilos en moins du rééquilibrage matinal (favorable à l’équipage féminin, il est toujours bon de le noter), c’est toujours plus facile…

 

Vue sur Chianni

Vue sur Chianni

Bref, à midi, après une côte qui n’avais l’air de rien mais… qui… quand même… Nous arrivons à Lajatico pour goûter au festin du jour dans un des cafés du village: pâtes surgelées avec assiette et fourchette Made In Plastique. Pause midi oblige, on re-sort les cartes  pour revoir les plans et se dire que finalement “NON, la montagne comme elle était prévue, ça ne sera pas possible”. (Oui, vous allez certainement vous en rendre compte dans les prochains articles, le tracé de nos vacances a occupé une place très importante dans nos conversations)

 

Mallo en plein effort dans "La Côte qui n'avait l'aire de rien"

Mallo en plein effort dans "La Côte qui n'avait l'aire de rien"

Après des kilomètres de dénivelés virtuels en moins, c’est reparti! Passage par le décevant théâtre du silence, règne des ordures de Lajatico. Mais heureusement, la descente qui suivait à très vite rattraper le coup: joli paysage, petite pensée en chanson pour Grebor et vue sur… Ce Qui Nous Attends! (avec des majuscules, oui oui!).

 

Le théâtre du Silence et ses ordure en avant plan. Objectif Volterra en arrière plan.

Le théâtre du Silence et ses ordures en avant plan. Objectif Volterra en arrière plan.

Paysage toscan durant la deuxiéme étape

Paysage toscan durant la deuxiéme étape

Bref, vous l’aurez compris, nous approchons de Volterra et des ces 1000km de côte à du 92% de moyenne! Vision féminine du parcours ;) , je tiens à le préciser car finalement, ce ne sont que 7km à du 6% de moyenne mais quand même avec quelques passages salopards à plus de 10% sur une route hyper touristique sans bas-côté pour être un minimum en sécurité avec ces gros enc—- de touristes pressés. Désolé d’être vulgaire, mais c’est la stricte vérité. Bref, c’est mentalement très fatigant et physiquement très éprouvant pour tout le monde et sans doute un peu trop pour 100% de l’équipage féminin… Heureusement, dans les moments plus difficiles, il y a toujours une lumière au bout du tunnel, incarnée par la présence inopinée d’un camping. Nous étions censés trouver un endroit peinard en pleine nature pour planter la tente, mais vu le côté très touristique du lieu, la fatigue, et la présence de ce camping: Pas une, ni deux, installations et repas trop salé! Et oui, pour faire plaisir à l’équipage féminin, 100% de l’équipage masculine a préparé la tambouille et accessoirement fait tomber le couvercle du pot de sel, et son contenu, dans la casserole. Mais bon, le pire est passé et puis ce soir là, nos voisins français nous ont offert le café et nous avons discuté jusque pas d’heure. C’est ce qu’on appelle, finalement, une belle journée de voyage… à une allure d’escargot…

Le mode escargot, c'est aussi prendre le temps de se poser et de juste profiter du moment présent...

 

Bon,  on avait dit qu’on serait rapide dans l’exécution de ce rapport de vacances. Après 118 jours et 4 heures sans donner de nouvelles… euh… Ah non, ça c’est la durée sans gouvernement belge ;) … Donc, après 40 jours sans nouvelles. Voici la fabuleuse histoire du

 

JOUR 1 de notre aventureuse aventure à dos de vélocipèdes…

 

Étape du jour qui nous emmène de Pise à un peu plus loin que Casciana Terme en 48km et à une vitesse record de 12,69 km/h (On ne le répètera jamais assez, on se déplace à vélo pour le plaisir de voyager et non pour revenir avec de gros mollets).

Après donc une bonne nuit de sommeil dans le lit de Teresa Raquin, il est déjà temps de résorber le retard déjà pris. Donc, on prend les vélos par les cornes pour rentrer dans Pise-la-Vieille. Attention, bien regarder à gauche pour les monuments dont sa belle tour qui n’est visiblement pas très penchée aujourd’hui et à droite pour les boutiques attrape-touristes de touristes qui se prennent en photos dans des positions bizarres.

 

La PREUVE que la tour de Pise ne penche pas!

 

 

Touristes se photographiant dans une position bizarre.

 

Il est donc temps de s’arrêter en face de la tour pour prendre un bon petit déj. Oui, oui, je sais, il faut résorber le retard… C’est bon… On y va, on reprend les vélos et on décide de tester avec l’appareil photo l’enregistrement en direct live d’une traversée de la ville à dos de vélo. (on vous montrera ça dans un autre article)

Sorti de la ville, traversée des plaines toscanes remplies de villages aux noms tous identiques (ou presque) : Cascina – Casciana – Caiana – Cosciana – Etcetera. Bref, pour la navigation, ça aide ! Mais bon, nous sommes là pour les paysages, le temps de s’abreuver à une fontaine, de tester la cuisine solaire, et nous voilà reparti pour découvrir cette région qui nous fait penser un peu au Sud de la France. D’un côté, ça tombe bien vu que l’Italie est au Sud de la France…

 

 

Cuisson solaire de la semoule du soir sur porte-bagage.

 

Trêve de plaisanterie, les choses sérieuses commencent avec notre première côte et puis… miracle au milieu de nulle part… Un resto pizzeria sans pizza au menu ! Comme nous croyons au destin, arrêt-repas-repos et au moment de reprendre la route, on se rend compte que finalement, la plaine, c’est bien fini. A force de monter et descendre sans arrêt, 100% de l’équipage féminin se demande, ou ne préfère peut-être pas, comment ce sera la 2ème semaine, celle dite « de montagne » (faut dire que la première est censée être dite « de plaine »).

 

 

Paysage toscan durant la première étape.

 

Arrivés enfin à Casciana Terme, grosse pause et puis finalement, comme ça ne vaut pas plus la peine que ça, on décide de continuer un peu la route pour trouver un endroit-dodo-pèpère. Après un essai infructueux chez un brave vieux monsieur qui s’acharne à parler italien sans s’arrêter (mais par les gestes, on comprend que l’étape du lendemain, vers Volterra, ce sera « comme ça » avec un une main tendue à plus de 60º vers le haut). Bref, au final, il n’est pas très chaud pour qu’on plante la tente dans son champs et nous décidons de couper court et de poursuivre jusqu’à un endroit sympa où pieuter : la « Venta Novo Frantoio » où les propios nous accueillent à bras ouverts dans un mélange de franitanglish et nous mangeons notre première « semoule solaire » avec des tomates, du bon fromage local et le bon vin toscan local servi dans sa botte (c’est le raisin de nos hôtes mais ce n’est pas eux qui le pressent).

 

 

Repas du soir: tomates, fromages frais, vin en botte et semoule solaire.

 

Bref. A 22h, dodo après n’avoir pas réussi à trouver qui a tué de le garde la reine Victoria et qu’un chat vienne nous dire bonne nuit…

C’est non sans émotion que je retranscris ici le carnet de bord retrouvé à moitié noyé, presque unique survivant du déluge qui immergea la Toscane et la fit grelotter des jours durant, en cette première quinzaine d’Awout de l’an 3 de la Sainte Installation. Rappelons furtivement les raisons de ce voyage burlesque: traverser plaines, vallées montagnes toscanes à dos de vélocipède, en 2 semaines, sur les traces de l’Italie des Yéyés. Voyage hautement culturel, donc. Un peu sportif aussi, pour autant que les mollets de l’équipage acceptent de se soumettre à l’exercice. Ouvrons donc ce carnet…

Giorno 0 – Day 0 – Jour 0 : Samdredi (où l’équipage prend ses cliques et ses claques, embarque poubelles et cartons en aéroplane, visite Pise de nuit et s’installe en pays Yéyé)

Résistant à l’appel de Thérèse Raquin – honteusement rebaptisée Teresa Raquin pour coller à la culture locale -, Thérèse nous faisant du pied sur la table de chevet, prenons notre courage et notre plume à deux mains pour vous narrer cette première journée d’expédition.

C’est tôt ce matin, dès l’aube et le chant du coq (“Mamááááá, veeeeen, baaaaaajaaaa!”), que notre équipage s’est retrouvé sur le pont, bagages à la main, après un emballage méticuleux. Entendu dans l’air frais du matin sévillan:

"Je ne pars jamais en voyage sans mes poubelles et mes cartons", dit-elle à son acolyte, l'air hautain

C’est aidé du fidèle Manolo (le Sergent Garcia étant en vacances, mois d’awout oblige) que nous avons pu rallier l’étape nº1 du voyage: l’aéroport international aérien d’avions de Séville – et embarquer au milieu d’une foule de juilletistes bronzés et d’awoutiens ravis. Trop de bonheur à la fois pour ce petit aérodrôme qui n’a d’international que le nom, et trop de retard sur le tarmac, comme c’était à prévoir (et comme nous étions à mille lieux de l’imaginer).

Après un vol sans encombre et un atterrissage applaudi à grand renfort de bras et de mains (le Toscan est enthousiaste), nous attendait l’épreuve nº1 de notre mission. Plus difficile encore que le montage de meuble Ikéa AVEC notice: le montage de vélo sorti du carton. Après mûre réflexion, le plus dur était probablement le calibrage des sacoches sur les vélos, le reste s’étant déroulé dans la bonne humeur et l’organisation, 100% de l’équipage féminin servant d’assistante à l’équipage masculin, les mains dans le cambouis. (Nota: on parie cent balle que ce sera l’inverse pour faire la lessive?)

Une fois les montures harnachées et la portion quotidienne de foin avalée (première pensée pour les ruminants poilus qui doivent aussi en mâchonner à la maison, chez tonton Manolo), voici l’équipage en route sur son tronçon de route nº1: traverser Pise de nuit, pour rallier l’auberge qui nous fournit la paillasse pour la nuit. (Nota: en Toscane, un “Bed & Breakfast” n’a souvent de breakfast que le nom). Grâce à une partie non-négligeable de notre équipage – géographe de formation -, le gite est vite trouvé et la taulière nous accueille (une respectable mamy de jactant que 2 mots d’anglais: “no” et “breakfast” et un peu sourde – elle a mis 10 minutes à répondre alors que nous sonnions concomitamment  au téléphone et à la porte). L’équipage est accueilli “comme à la maison”, entendez “comme c’était à la maison dans les années ’60, déco y compris”. Entrons en plein Yéyé dès le premier soir, grâce à Thérèse Raquin et au pot de fleurs sur la petite table dans la chambre.

Thérèse et sa première victime. 100% de l'équipage masculin a succombé à ses charmes.

Pot de (fleurs sur la petite table de la) chambre

C’est au moment de se coucher qu’une grande partie de l’équipage féminin (toujours avisé et prévoyant, comme on le remarque ici) demande dans le noir :”Chou, on n’a pas regardé la météo pour ces 2 semaines, en fait?”.

Non, fatalement, quelle idée de s’intéresser à la météo quand on va passer 2 semaines le cul sur une selle de vélocipède et à dormir sous les étoiles. C’était tellement futile et féminin de s’y intéresser…

Rideau sur cette pensée philosophique.”

- Bonjour, moi c’est M******* et depuis hier j’essaie de déménager ma ligne téléphone et internet.

- [Choeur de l'Assemblée] Bonjour M*******!

- Au début c’était facile, je me sentais forte et capable de dépasser tout ça, mais depuis les 6 ou 7 derniers appels, je me sens mal. J’ai les doigts qui transpirent en tenant le téléphone, l’oreille qui bourdonne (et une musique d’attente qui ne quitte plus mon entre-deux-pavillons). Je sursaute quand le téléphone sonne et que je vois le numéro de Telefónica s’afficher. J’ai même renoncé officiellement à mon identité pour devenir “Smet Smet”, ça leur faisait tellement plaisir. Je veux vraiment m’en sortir, mais j’ai besoin d’aide. Merci pour votre écoute.

[Le choeur de l'Assemblée, ému, la larmiche compatissante à l'oeil, se lève. On entend des applaudissements d'encouragement et quelques “Campeoooooones!”, vite réprimés par un regain de pudeur.]

* DLTIA: Déménageurs de Ligne Téléphonique et Internet Anonymes. Pour vous servir.
A suivre… restent l’électricité et l’eau.

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