Il est possible que vous soyez passés à côté de l’info.
Parce que Di Rupo formateur, waouw, le scoop inédit qui remplit le journal.
Parce que DSK gros vilain ou pauvre Caliméro, j’avoue que ça peut tenir une bonne semaine de conversation.
Ou un volcan qui n’a rien demandé à personne, ou la pluie qui n’veut pas tomber (y’a pu de saison, ma pauv’ Lucette), Roland Garros qui, ô surprise recommence, cette année encore, fn mai.
Mais pendant ce temps, à Veracruz en Espagne (quelque part entre l’Europe et l’Afrique si vous suivez un peu), la révolution couve. La faute à un français qui s’est mis dans la poche une génération entière de jeunes Espagnols (non, je ne parle pas de Guillaume Canet, j’ai dit Espagnols, pas Espagnoles). Stéphane Hessel (c’est bien lui ce “Indignez-vous!”), ce jeunot fringant de pas encore 95 ans, a vraisemblablement mis le doigt là où ça fait mal: sur notre passivité et notre résignation. A tous, nous Européens endoloris par le confort de nos vies trop bien réglées. Les Français ont fait “Waouw” et ont salué l’initiative éditoriale, les Belges ont dit “Tetcheu” et se sont demandés si Hessel voudrait bien former un gouvernement. Les Espagnols, eux, sont descendus dans la rue. Pas seulement pour une manif: bâches, sacs de couchages, sandwiches et blocs-notes de revendications sous le bras, ils ont posé le camp sur les places des plus grandes villes du pays pour refaire le monde, puisque celui-ci… euh, bof, quoi.
De l’extérieur, il se peut que ça ressemble à un botellón (comprendre “grande beuverie festive en plein air, un peu comme dans les parcs bruxellois quand on dépasse un dimanche 25ºC et 2 heures d’ensolleillement”). Ou à une manif à la belge (comprendre “je sors dimanche après-midi manifester pour montrer que je suis pas content, entre 14h – après le journal de 13h – et 18h – pour être de retour au bercail pour le journal de 19h – uniquement s’il fait entre 15 et 25º et temps couvert – sinon je suis au parc ou à l’abris chez moi. Demain ma vie reprend de toutes façons son cours normal.” Fin de la parenthèse sur la manif à la belge). Ça se pourrait que ça y ressemble, mais on en est très loin.
Ok, maintenant que j’ai froissé les susceptibilités, vous allez me demander des comptes. “Parce que, hein, qu’est-ce qu’ils revendiquent tes Espagnols?”
Soit. Passons en revue les plus beaux slogans de cette révolution, appelée “Democracia real: YA” (par “les plus beaux”, comprendre “ceux que je préfère”. C’est moi le chef ici)
No somos mercancía en manos de políticos y banqueros – Nous ne sommes pas de la marchandise entre les mains des politiques et des banques
L’espagne, c’est un peu comme la Grèce: canicule l’été, corruption (semble-t-il) chez nos chers élus, et on s’est bien pris les pieds dans le tapis de la crise bancaire. Comme l’airco est suffisamment répandu, il reste à se plaindre du politique et des banques. Marre d’être des jouets, un peu d’humanité dans le Grand Show Capitaliss’ siouplait (j’aurais même tendance à demander moins de capitalisme dans l’humanité, ça n’engage que moi).
Lo llaman democratia y no lo es – Il l’appellent “démocratie”, ce n’en est pas une
Bon, dire que ce n’est pas une démocratie, pour un pays qui a connu il n’y a pas si longtemps la dictature de Franco, ça me semble étrange, voire osé… mais j’imagine que c’est un slogan qui se veut d’une portée plus large. Clairement, même si des majorités apparaissent suite aux élections, monsieur Tout-le-monde (c’est marrant, ici on les appelle “la gente de la calle” – le peuple espagnol serait-il prédestiné à prendre possession de la rue?) ne se retrouve pas du tout représenté par le résultat des urnes.
Arriba las manos, esto es un contrato – Haut les mains, c’est un contrat (de travail)
Je l’aime beaucoup celui-là. Inspiré de son cousin “c’est un hold-up”, il est tellement vrai. L’emploi, c’est la cata. CDD sur CDD, puis dehors, heures sup (ni payées ni récupérées bien sûr), stress et pression, salaire parfois digne de l’argent de poche d’un ado. Et puis… pas de boulot en vue pour les diplômés. Merci papa-maman de m’avoir toujours dit “avec un diplôme, tu réussiras ta vie” ou mieux: “plus tu auras de diplômes, plus facilement tu trouveras un boulot super, qui rapporte”. Euh, c’était dans une autre vie, ça, au siècle passé, en tous cas, je ne suis pas persuadée qu’un étalage de diplômes fasse briller des étoiles dans les yeux des employeurs par ici.
Dans toutes les grandes villes (Madrid, Séville, Barcelone, Valence, Bilbao, Grenade,…), les rassemblements “Democracia real: YA” se font sur des places qui se sont depuis plus d’une semaine organisées en campements revendicatifs et lieux de vie: centre d’info, ravitaillement, murs d’affichage libre, organisation de débats, assemblées, votes sur l’organisation du mouvement et la suite des opérations, construire des initiatives sur du long terme. etc.
Ce n’est pas UNIQUEMENT un mouvement de sales gauchiss’ (il n’y a qu’à voir comme le PP, parti conservateur de droite est sorti grand gagnant des éléctions du WE passé), mais un mouvement animé par des personnes de tous horizons dont le grand point commun est l’envie de ré-humaniser le monde qui nous entoure, redevenir acteurs de nos vies.
Amigos belges, – français s’il en est – tendez l’oreille au vent du sud, chopez au passage ce qu’il vous plait dans ce mouvement, indignez-vous de ce qui ne vous plait pas, prenez le temps de construire des ponts, des fenêtres et des échelles pour aller plus hauuuuut (non, là je m’emballe). N’attendez pas demain, n’attendez pas que quelqu’un le fasse pour vous. Les petites initiatives font les grands projets. Ne mettez pas d’eau dans votre démocratie. Tomad la calle y juntaos.
